L’express hors série : « L’entretien professionnel »
Théâtre de Ménilmontant : « Entretiens »
* Jean Teulé
* Dominique Verdeilhan
Bernard Clavel : Entretiens « radioscopiques »
« Dogon » : Réalisation sonore de l’exposition
de Michel Denancé
« Impressions océanes » (extrait):
« Dans le sillage de Patrick Van God, d’Eric Tabarly, de Jérôme Poncet… »
« Entre Brest, Camaret et l’île de Sein.
A défaut d’ancrage sérieux dans le port de Camaret, j’ai amarré Trismus à couple d’un chalutier solidement préparé pour les heures à venir.
Les marins pêcheurs sont clairs. Il n’est pas question de sortir avant 48 heures. Du « 11 » est en route et arrive cette nuit.
Le lendemain, au petit matin, je n’ai croisé qu’un bateau. Un chalutier qui venait se mettre à l’abri à Camaret. De grands signes de la main qui m’ont réchauffé et encouragé. Mais sûrement m’ont ils pris pour un fou !
C’était vraiment beau. Je n’ai profité du spectacle de cette longue journée que grâce aux qualités de ce voilier minutieusement et solidement armé.
Du vent. Des vagues. Un ciel bas. Noir. Très noir !
Personne. Il n’y a personne. La mer est vide. Blanche. Toute blanche. Lumineuse. Eclatante. Bruyante. Symphonique. Brouillonne parfois.
Le vent, soliste, donne de la voix dans les haubans.
Devant moi, Sein. A peine perceptible.
A ma gauche, la pointe du Raz: Belle et angoissante.
A ma droite: Tévennec: Fantomatique. Magique. Grandiose.
Ca monte. Ca descend. L’écume étincelle, crépite. La mer s’éclaire de lanternes éphémères. Vagues qui éclatent. Ecueils, rochers. Berceaux d’écume qui explose ça et là. C’est beau.
Parfois poussé et chahuté plus fortement par une vague dominatrice, Trismus chasse, esquisse un pas de côté, prête le flanc, s’incline, part en glissage dans un bouillonnement d’écume blanche, marbrée de vert et de bleu.
La raison, l’attention et le rappel des lectures des grands aînés limitent l’appréhension, cloisonnent la peur en fond de cale.
Sein, au loin ! Bien loin. Dans l’éclat blafard des phares et des balises du port que l’écume et les grains occultent.
La nuit tombe. Spectacle presque irréel. Un son et lumière grandeur nature. Le ciel est toujours aussi bas, chargé, lourd de nuages fantomatiques qui courent au dessus du mât. Autour de moi, la mer s’illumine de gerbes phosphorescentes.
La nuit oblige à l’affinement des sens. Ces heures à l’affût, les oreilles aux aguets, à l’approche des côtes soudain devenues plus hostiles, alors que le soleil décline, que le jour s’efface, que le temps menace. Mais j’imprime ce spectacle jusqu’au fond de moi tant ces instants sont magiques.
Sein en approche ! Je devine des gens sur le quai qui semblent me faire des signes. Penché à l’étrave, je scrute le passage à la lampe de poche. Très peu d’eau sous le sabot. Les rochers affleurent.
Vigilance extrême. La tension renforce l’attention.
Sein, enfin ! Le vacarme cesse. Le calme, d’un bloc, m’enveloppe. La tension baisse. Le corps se décontracte. Du large, seule, en moi, reste la houle, dans ces premiers pas chaloupés posés à terre.
Les marins pêcheurs m’accueillent à couple de leur chalutier: « Ca fait un moment qu’on t’regarde. T’es culotté. C’était un peu juste pour le Raz, hein !?! Nous, ça fait deux jours qu’on est là, on monte en Irlande. On part demain à l’aube. La météo sera bonne ».
Le lendemain, grand bleu et vent apaisé. Le salon du livre de Concarneau se prépare à accueillir ses plumes aventurières sous ce ciel complètement dégagé. Une arrivée sous spi, parti en vrac à la sortie de Sein. La relecture du guide pratique de manoeuvre de Tabarly s’impose. Une longue et belle glissade, au portant, avant que Bernard Moitessier ne « baptise » cet oiseau des mers sur lequel mes pas se sont faits un peu plus marins ».